Nifas en islam : lochies, 40 jours après l'accouchement et fausse couche
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À retenir :
- Le nifas est le sang qui suit l'accouchement, et il dure au plus 40 jours selon la majorité des savants
- Les écoles malikite et chafiite retiennent un plafond de 60 jours, les écoles hanafite et hanbalite 40 jours
- La femme en couches ne prie pas et ne jeûne pas, puis rattrape le jeûne mais jamais la prière
- Après une fausse couche, le sang n'est un nifas que si le fœtus avait déjà une forme humaine visible
Le nifas en islam désigne le sang des lochies qui s'écoule après l'accouchement : il suspend la prière, le jeûne et les rapports conjugaux jusqu'à la pureté, sans dépasser quarante jours selon la majorité des savants.
Quarante jours : le chiffre circule dans toutes les familles, souvent accompagné de consignes que personne ne sait sourcer. Rester à la maison, ne pas reprendre la prière avant le quarantième jour alors que les saignements ont cessé, attendre la même durée après une fausse couche précoce : ces usages se transmettent de mère en fille, en France comme ailleurs, alors que les textes disent autre chose. Le nifas (aussi écrit nifâs, et appelé lochies en français) obéit à des règles précises, fixées par un hadith d'Umm Salama et par l'accord des juristes qui l'alignent sur les menstrues. Cet article donne la limite retenue par chaque école, ce qui est interdit et ce qui reste permis, les signes de la fin des lochies, la grande ablution, le cas des saignements qui persistent et celui de la fausse couche, avec les avis d'Ibn Baz, d'Ibn Uthaymin et du Comité permanent de la fatwa.
Qu'est-ce que le nifas en islam ?
Le nifas en islam est le sang que l'utérus laisse s'écouler à l'occasion de l'accouchement, pendant et après la naissance. Le mot arabe vient de nafs, dont l'un des sens est le sang. Le droit islamique lui applique les règles du sang menstruel, avec une limite de temps différente.
Le nifas est défini par Ibn Uthaymin, dans ash-Sharh al-Mumti' (tome 1, page 507), comme le sang que l'utérus expulse en raison de l'accouchement. La mère concernée est appelée nufasa. En français, cet écoulement correspond aux lochies, ces pertes de sang puis de sécrétions qui suivent la naissance.
Le sang qui sort après la naissance relève des lochies par consensus, rapporté par Ibn Hazm et an-Nawawi. Celui qui apparaît un ou deux jours avant, avec les contractions du travail, est aussi compté dans les lochies par l'école hanbalite, par Ibn Taymiyya et par Ibn Baz. Ibn Uthaymin qualifie en revanche de sang de corruption celui qui précède la naissance sans contractions : il ne dispense alors ni de la prière ni du jeûne.
Les lochies commencent donc au moment où la famille prépare l'accueil de l'enfant, son prénom et le sacrifice offert pour sa naissance, que les parents organisent eux-mêmes ou confient à un prestataire comme Aqiqah.io. Les deux calendriers n'ont rien à voir : la aqiqa se fixe au septième jour, alors que l'écoulement dure le temps que dure le sang, dans la limite étudiée plus bas. Le sacrifice d'un mouton pour la naissance et la pratique religieuse de la mère n'ont donc pas le même calendrier.
Quelle est la durée du nifas en islam ?
La durée du nifas en islam n'a pas de minimum et ne dépasse pas quarante jours selon les écoles hanafite et hanbalite et la majorité des savants. Les écoles malikite et chafiite fixent le plafond à soixante jours. Si le sang cesse avant ce terme, la mère se purifie aussitôt.
La femme en couches restait assise, du temps du Messager d'Allah, quarante jours ou quarante nuits après son accouchement.
Umm Salama, rapporté par Abou Dawoud n° 311 et at-Tirmidhi n° 139, jugé hasan sahih par Al-Albani dans Sahih Abi Dawoud n° 311Ce hadith d'Umm Salama, qu'Allah l'agrée, décrit la pratique des femmes à l'époque du Prophète (sws) et fonde la limite des 40 jours. Sa chaîne a été discutée par certains critiques anciens, ad-Daraqutni ayant estimé qu'une narratrice de la chaîne, Mussa al-Azdiyya, ne suffit pas à fonder une preuve, mais an-Nawawi le juge bon, Ibn Baz bon dans sa chaîne et Al-Albani hasan sahih, en raison de ses voies multiples. Sur le minimum, les quatre écoles s'accordent : aucune limite plancher, une accouchée peut être pure au bout de quelques jours.
| École | Durée maximale | Référence |
|---|---|---|
| Hanafite | 40 jours | Tabyin al-Haqa'iq d'az-Zayla'i |
| Hanbalite | 40 jours | Al-Insaf d'al-Mardawi |
| Malikite | 60 jours, avis le plus connu | Al-Mudawwana |
| Chafiite | 60 jours | Doctrine de l'école |
At-Tirmidhi rapporte dans ses Sunan l'accord des savants parmi les Compagnons et leurs successeurs : la femme en couches délaisse la prière quarante jours, sauf si elle constate la pureté avant, auquel cas elle se lave et prie. L'encyclopédie de fiqh ad-Durar as-Saniyya recense les avis sur ce plafond de quarante jours, dont celui du Comité permanent de la fatwa : le sang qui dépasse ce terme n'est plus un sang de lochies.
Peut-on prier pendant le nifas ?
Prier pendant le nifas n'est pas permis : la musulmane en couches délaisse la salat tant que le sang coule, comme au cours du cycle menstruel. Les prières de cette période ne se rattrapent pas, alors que les jours de jeûne du Ramadan manqués doivent être rattrapés plus tard.
Cela nous arrivait, et l'on nous ordonnait de rattraper le jeûne, et l'on ne nous ordonnait pas de rattraper la prière.
Aïcha, rapporté par Muslim n° 335, sens proche chez al-Bukhari n° 321Le hadith d'Aïcha porte sur les menstrues. Il s'applique aux lochies parce que les juristes alignent les deux états : Ibn Qudama écrit dans al-Mughni qu'il ne connaît aucune divergence sur le fait que l'accouchée a le statut de la femme réglée pour ce qui lui est interdit et pour ce dont elle est dispensée. La dispense n'est donc pas une faute à réparer, mais une règle, et la mère n'a pas à compenser ces prières une fois purifiée.
Le jeûne suit une autre logique. Un accouchement pendant le Ramadan oblige à l'interrompre, et chaque jour manqué se rattrape une fois les lochies terminées. Les juristes précisent qu'une accouchée qui devient pure avant l'aube jeûne ce jour-là, même si elle ne fait son bain qu'après l'aube. La question de la mère qui allaite et craint pour son enfant relève d'un autre régime, celui de l'allaitement pendant le mois de jeûne.
Quelles sont les règles pendant le nifas ?
Les règles pendant le nifas reprennent celles des menstrues : pas de prière, pas de jeûne, pas de rapports conjugaux, pas de tournée rituelle autour de la Kaaba. Le bain rituel devient obligatoire dès que les saignements cessent. La lecture du Coran, en revanche, fait l'objet d'une divergence entre savants.
| Acte | Pendant le nifas | Après la pureté |
|---|---|---|
| Prière | Interdite, non rattrapée | Reprise après le bain rituel |
| Jeûne | Interdit | Jours manqués à rattraper |
| Rapports conjugaux | Interdits | Permis, même avant 40 jours |
| Tawaf | Interdit | Permis |
| Lecture du Coran | Divergence entre savants | Permise |
L'interdiction des rapports conjugaux repose sur la sourate al-Baqara, verset 222, qui ordonne de s'écarter des femmes pendant les menstrues. Ash-Shawkani écrit qu'il n'existe aucune divergence sur l'alignement des lochies sur les menstrues pour les rapports intimes, le jeûne et la prière.
Sur la lecture du Coran, une partie des savants interdit la récitation à l'accouchée, en s'appuyant sur un hadith d'Ibn Umar rapporté par at-Tirmidhi (n° 131) : la femme en menstrues et la personne en état d'impureté majeure ne lisent rien du Coran. Ibn Taymiyya juge ce hadith faible de l'avis unanime des spécialistes (Majmu' al-Fatawa, tome 21, page 460). Ibn Baz retient que l'accouchée peut réciter ce qu'elle connaît par cœur, la longueur des lochies rendant fragile l'analogie avec l'impureté majeure qu'un simple bain fait cesser. Pour tenir le mushaf, il demande une barrière, un gant ou une étoffe.
Quels sont les signes de fin du nifas ?
La fin du nifas se reconnaît à deux signes admis par les quatre écoles : un écoulement blanchâtre appelé al-qassa al-bayda, ou l'assèchement complet, constaté avec un linge ou une protection. Dès l'un de ces signes, la mère se lave et peut reprendre la prière avant le 40e jour.
Le premier signe repose sur une parole d'Aïcha, un athar et non un hadith prophétique : aux femmes qui lui envoyaient des étoffes tachées pour savoir si elles pouvaient prier, elle répondait de ne pas se hâter avant de voir l'écoulement blanc. Al-Bukhari la cite sans chaîne complète en titre de chapitre, Malik la rapporte avec sa chaîne dans al-Muwatta, et Al-Albani la juge hasan dans Tamam al-Minna. Ibn Uthaymin range les sécrétions jaunâtres ou troubles qui précèdent la pureté dans les lochies elles-mêmes.
La pureté peut arriver tôt. Ibn Baz précise que si le sang cesse avant le 40e jour, la mère fait son bain, prie, jeûne et peut reprendre la vie conjugale, y compris quand quelques jours seulement se sont écoulés (Majmu' Fatawa wa Maqalat, tome 10, page 212). Si le sang revient avant le 40e jour, elle cesse de nouveau de prier, mais les prières et les jeûnes accomplis entre-temps restent valables et ne se refont pas.
Comment faire le ghusl après l'accouchement ?
Le ghusl après l'accouchement est la grande ablution qui met fin à la période des lochies. Cette purification est obligatoire par consensus, rapporté notamment par an-Nawawi dans al-Majmu'. Deux éléments en font la validité selon la majorité des écoles : l'intention de se purifier et l'eau qui atteint tout le corps.
- Avoir l'intention de se purifier avant de commencer.
- Dire bismillah, se laver les mains trois fois et nettoyer les traces de sang.
- Faire les ablutions comme pour la prière.
- Verser l'eau trois fois sur la tête en la faisant pénétrer jusqu'à la racine des cheveux.
- Laver tout le corps en commençant par le côté droit, sans laisser une partie sèche.
Les étapes 2, 3 et 4 sont des gestes recommandés relevés par les juristes dans la description du bain du Prophète (sws). L'intention s'appuie sur le hadith d'Umar, les actes ne valent que par les intentions (al-Bukhari n° 1, Muslim n° 1907), et l'eau sur tout le corps fait l'objet d'un consensus rapporté par Ibn Juzayy. Le rinçage de la bouche et du nez est obligatoire pour certaines écoles et recommandé pour d'autres. Le bain se fait dès les signes de fin, sans attendre le 40e jour.
Que faire si les saignements persistent après 40 jours ?
Des saignements qui persistent après 40 jours ne relèvent plus du nifas selon Ibn Baz et le Comité permanent de la fatwa : l'accouchée fait son bain au 40e jour, puis prie et jeûne. Elle refait ses ablutions pour chaque prière, sauf si le sang coïncide avec ses menstrues habituelles.
Ce sang prolongé est appelé istihada, un écoulement de maladie qui ne dispense d'aucun acte. Ibn Baz décrit la conduite à tenir : se protéger avec du coton ou une serviette, faire les ablutions après l'entrée du temps de chaque prière, et il permet de regrouper le dhuhr avec le asr et le maghrib avec le icha. Les rapports conjugaux restent permis pendant l'istihada. Si le sang tombe à la date des règles habituelles, il prend le statut des menstrues (Majmu' Fatawa wa Maqalat, tome 10, page 227).
L'erreur inverse existe aussi. À une mère qui avait cessé de prier au-delà du 40e jour en croyant y être obligée, Ibn Baz a répondu qu'elle devait se purifier et rattraper les prières laissées après ce terme, parce que la dispense ne couvrait plus cette période.
La règle religieuse ne remplace pas le suivi médical. Des saignements qui redeviennent abondants, une fièvre ou une douleur inhabituelle après l'accouchement justifient une consultation rapide de la sage-femme ou du médecin, quel que soit le jour. Un avis médical tranche ce que la règle ne dit pas.
Fausse couche en islam : le sang est-il un nifas ?
Après une fausse couche, le sang est un nifas seulement si le fœtus expulsé présentait une forme humaine visible, même discrète : une tête, une main ou un pied. Sans forme humaine, Ibn Baz et le Comité permanent le traitent comme un sang de maladie : la prière et le jeûne restent dus, comme en temps normal.
| Situation | Statut du sang | Prière et jeûne |
|---|---|---|
| Forme humaine visible | Nifas, 40 jours au plus | Suspendus jusqu'à la pureté |
| Aucune forme humaine | Istihada, sang de maladie | Maintenus, ablutions à chaque prière |
Ibn Baz rattache le sang au nifas dès qu'une tête, une main ou un pied apparaissent (Majmu' Fatawa wa Maqalat, tome 10, page 227), et le Comité permanent de la fatwa retient la même distinction dans sa fatwa n° 2012. Ibn Uthaymin rapporte des savants que les contours humains ne se dessinent pas avant quatre-vingt-un jours de grossesse (Fatawa al-Mar'a al-Muslima, tome 1, page 304). Ibn Baz ajoute que l'âge de la grossesse ne suffit pas à trancher : la forme peut apparaître avant quatre mois, et c'est une femme de confiance ou une sage-femme qui la constate.
En pratique, le compte rendu médical indique le terme de la grossesse et ce qui a été observé, et la sage-femme reste la mieux placée pour répondre à la question. Une fausse couche n'est présentée comme une faute de la mère dans aucune des sources citées ici. Les rites qui concernent le fœtus lui-même, prière funéraire, prénom ou aqiqa, obéissent à un autre seuil et sortent du cadre de cet article.
Que dit l'islam sur les 40 jours après la naissance ?
Les 40 jours après la naissance correspondent, en islam, à la limite maximale du nifas, pas à une période de réclusion. Aucun des textes cités par Ibn Baz n'impose à la jeune mère de rester chez elle ni d'attendre le quarantième jour pour prier une fois les saignements terminés.
- Rester enfermée 40 jours : Ibn Baz considère l'accouchée comme toute musulmane, libre de sortir pour un besoin (Majmu', tome 10, page 226)
- Attendre le 40e jour pour prier : la salat est due dès que le sang s'arrête, parfois au bout de quelques jours
- Imposer au couple 40 jours d'attente : Ibn Baz permet la reprise des rapports dès le bain
- Compter 40 jours après une fausse couche précoce : sans forme humaine, il n'y a pas de lochies au sens du fiqh
Ces semaines recoupent en revanche les rites propres à l'enfant, qui ont leurs propres dates : le tahnik, le prénom donné le jour même ou au septième jour, puis le rasage et le sacrifice, détaillés dans l'article sur les rites de la première semaine du bébé. Pour la mère, la Sunna ne fixe aucune prière rituelle propre à l'accouchement, mais Ibn Baz recommande de louer Allah après une délivrance sans complication, comme le rappelle notre article sur les invocations de la grossesse et de la délivrance. La période est aussi celle des visites, et les formules à adresser aux parents sont réunies dans la page consacrée aux vœux de naissance.
Questions fréquentes
Est-ce que le nifas s'applique après une césarienne ?
Oui, dès lors que du sang s'écoule. Le Comité permanent de la fatwa précise que la femme qui accouche par césarienne a le statut de l'accouchée si elle voit du sang : elle attend la fin de l'écoulement. Si aucun sang n'apparaît, elle prie et jeûne normalement, l'opération seule ne créant pas de lochies.
Quels sont les droits d'une femme en nifas ?
La musulmane en nifas est dispensée de la prière sans avoir à la rattraper, et elle reporte le jeûne à plus tard. Elle peut sortir de chez elle pour un besoin, selon Ibn Baz, et réciter le Coran de mémoire selon le même savant. Son mari doit s'abstenir de rapports jusqu'à sa pureté et son bain rituel.
Comment gérer les lochies après l'accouchement ?
Gérer les lochies revient à suivre deux calendriers. Sur le plan religieux, la mère observe chaque jour s'il reste du sang, guette l'écoulement blanc ou l'assèchement, puis fait son bain. Sur le plan médical, la sage-femme assure le suivi des saignements, et tout écoulement inhabituel se signale sans attendre la visite prévue.
Avant le quarantième jour
Les 40 jours ne sont ni une obligation de retrait ni un compte à rebours à subir. Ils marquent seulement la limite au-delà de laquelle le sang change de statut, et rien n'empêche de retrouver la prière bien avant ce terme. Le plus utile se prépare avant la naissance : savoir reconnaître les signes de pureté, connaître l'avis suivi dans sa famille sur la durée maximale et sur la lecture du Coran, et garder à portée de main le numéro de la sage-femme. Reste une question que chaque couple gagne à se poser tôt : qui, autour de la jeune mère, porte les tâches qui lui laissent le temps de se rétablir ?


