Doua de l'aqiqa : ce qu'on dit au moment du sacrifice, avec le texte arabe

Kone

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Souleymane

14 min de lecture
Bannière vert clair avec le titre Doua de l'aqiqa au sacrifice, un croissant de lune, une étoile à huit branches et un livre ouvert

À retenir :

  • La formule rapportée pour le sacrifice de naissance tient en 4 segments : le nom d'Allah, le takbir, la dédicace et le prénom de l'enfant
  • Le hadith d'Aïcha qui la fonde est jugé de chaîne bonne (hasan) par an-Nawawi dans al-Majmu', tome 8, page 428
  • Ibn Baz et Al-Albani considèrent que l'intention suffit et que prononcer le prénom n'est pas une condition de validité
  • Quand le sacrifice est délégué, c'est celui qui égorge qui prononce le nom d'Allah, pas le père resté en France

L'invocation de l'aqiqa se dit au moment d'immoler la bête : « Bismillâh, wa-Llâhou akbar, Allâhoumma laka wa ilayka, hâdhihi 'aqîqatou » suivi du prénom, selon un hadith d'Aïcha jugé de chaîne bonne par an-Nawawi.

Le jour du sacrifice, beaucoup de pères découvrent qu'ils ne savent pas quoi dire, et les formules qui circulent en ligne ne concordent pas : une version parle de « laka wa ilayka », une autre de « minka wa laka », une troisième ajoute une longue doua dont la chaîne est faible. La aqiqa (aussi écrite aqiqah ou aquiqa) est un rite de la tradition musulmane qui n'exige pourtant, selon la majorité des savants, qu'une seule chose : prononcer le nom d'Allah sur la bête. Le reste relève de la sunna (ou sunnah), avec des degrés de solidité différents. Ce guide donne le texte arabe complet, sa phonétique et sa traduction en français, la source exacte de chaque segment avec son authentification, puis répond aux trois questions pratiques que posent les familles : faut-il dire le prénom, qui doit parler quand le sacrifice est confié à un tiers, et quelle doua faire pour le nouveau-né lui-même.

Que dire lors de l'aqiqa ?

Lors de l'aqiqa, celui qui égorge dit « Bismillâh » (parfois transcrit bismi Allah), puis le takbir, puis une courte dédicace à Allah suivie du prénom de l'enfant. Seul le nom d'Allah est une obligation selon la majorité des savants, les autres segments sont recommandés et se disent pendant l'immolation, juste avant de trancher.

La formule complète tient en une phrase. Elle se prononce une fois par bête : pour un garçon, deux fois si les deux moutons sont égorgés l'un après l'autre. Le détail du nombre de bêtes et des règles qui l'entourent est expliqué sur notre page consacrée au sacrifice de naissance et à son déroulé.

ArabePhonétiqueTraduction
بِسْمِ اللَّهِBismillâhAu nom d'Allah
وَاللَّهُ أَكْبَرُWa-Llâhou akbarEt Allah est le plus grand
اللَّهُمَّ لَكَ وَإِلَيْكَAllâhoumma laka wa ilaykaÔ Allah, c'est pour Toi et vers Toi
هَذِهِ عَقِيقَةُ فُلَانٍHâdhihi 'aqîqatou foulânCeci est le sacrifice de naissance d'untel

Le mot « foulân » se remplace par le prénom, à titre d'exemple « hâdhihi 'aqîqatou Yoûsouf ». En arabe sans voyelles, la phrase s'écrit : بسم الله والله أكبر، اللهم لك وإليك، هذه عقيقة فلان. Pour une fille, la grammaire arabe ne change rien au début de la phrase, seul le prénom change. La doua n'est ni une prière rituelle ni une récitation du Coran : elle se dit pendant le geste lui-même, et aucun texte consulté ne fixe d'heure précise dans la journée.

Quelle invocation pour l'aqiqa ?

L'invocation spécifique à l'aqiqa vient d'un récit rapporté par Aïcha (ra) : le Prophète (sws) a sacrifié pour al-Hasan et al-Husayn et a enseigné de dire le nom d'Allah, le takbir, puis la dédicace avec le prénom. Parmi les textes consultés, c'est le seul qui fixe une formule propre à ce rite.

Le Messager d'Allah a sacrifié pour al-Hasan et al-Husayn et il a dit : dites au nom d'Allah, Allah est le plus grand, ô Allah, pour Toi et vers Toi, ceci est le sacrifice de naissance d'untel.

Aïcha, rapporté par al-Bayhaqi, as-Sunan al-Kubra, tome 9, chaîne jugée hasan par an-Nawawi dans al-Majmu' 8/428

La gradation de ce texte mérite d'être donnée en entier, parce que les sites qui le citent l'arrondissent souvent en « authentique ». Voici ce qu'en disent les spécialistes que nous avons pu vérifier :

  • an-Nawawi juge sa chaîne bonne (isnad hasan) dans al-Majmu', tome 8, page 428 ;
  • Ibn al-Mundhir, qui le rapporte avec l'ordre « égorgez en son nom », le qualifie lui aussi de hasan, d'après la citation qu'en fait Ibn Tulun ;
  • al-Haythami signale dans Majma' az-Zawa'id (4/58) que la version d'Abou Ya'la et d'al-Bazzar a des rapporteurs du Sahih, sauf un, Ishaq, le maître d'Abou Ya'la, qu'il dit ne pas connaître.

Aucun jugement de Cheikh Al-Albani ni d'Ibn Hajar sur cette version précise n'a pu être retrouvé malgré une recherche dans les sources arabes. Nous préférons le dire plutôt que d'attribuer une gradation au hasard. Les versions diffèrent aussi sur un mot : certaines portent « laka wa ilayka » (pour Toi et vers Toi), d'autres « minka wa laka » (de Toi et pour Toi). Les deux sens sont proches, et les savants qui commentent le texte ne font pas de l'une ou l'autre une condition.

Quelles formules de sacrifice sont authentiques ?

Les formules de sacrifice entendues à l'abattoir n'ont pas toutes la même valeur ni le même jugement religieux. Le nom d'Allah et le takbir reposent sur des récits d'al-Boukhari et de Muslim, la dédicace avec le prénom sur le hadith d'Aïcha jugé hasan, et la longue doua « inni wajjahtou » sur une chaîne jugée faible par Al-Albani.

FormuleSourceJugement
BismillâhCoran 6:121, Muslim n° 1966Obligatoire selon la majorité
TakbirAnas, al-Boukhari n° 5565, Muslim n° 1966Sahih, recommandé
Dédicace et prénomAïcha, al-BayhaqiHasan selon an-Nawawi
Demande d'acceptationAïcha, Muslim n° 1967Sahih, pour la udhiya
Inni wajjahtou wajhiyaJabir, Abou Dawoud n° 2795Faible selon Al-Albani

Sur les cinq formules que l'on entend à l'abattoir, deux seulement sont établies par al-Boukhari et Muslim sur ce geste : le nom d'Allah et le takbir, que le Prophète prononçait selon Anas en sacrifiant ses deux béliers. Une troisième vient de Muslim, mais pour le sacrifice de l'Aïd. Cheikh Ibn Baz résume la règle en une ligne dans sa fatwa sur le dhikr à dire au moment d'égorger une bête : bismillâh, le takbir, puis l'on égorge.

Le statut du nom d'Allah fait l'objet d'une divergence de la jurisprudence islamique que peu de pages en français signalent. La majorité des savants le tient pour obligatoire sur toute bête égorgée, en s'appuyant sur le verset « Et ne mangez pas de ce sur quoi le nom d'Allah n'a pas été prononcé » (sourate al-An'am, verset 121). Les chafiites le tiennent pour recommandé, selon an-Nawawi au même endroit d'al-Majmu'. La conséquence pratique est simple : quelle que soit l'école suivie, on le dit.

La demande d'acceptation mérite une précision. Le hadith de Muslim n° 1967, où le Prophète dit « Au nom d'Allah, ô Allah, accepte de Muhammad, de la famille de Muhammad et de la communauté de Muhammad », concerne le sacrifice de l'Aïd, pas la naissance. Ibn al-Qayyim, dans Tuhfat al-Mawdud, rapporte qu'il est recommandé de dire sur le sacrifice de naissance ce qui se dit sur celui de l'Aïd. Dans sa fatwa n° 20127 sur la udhiya (recueil 2, tome 10, page 440), la Lajna Da'ima recommande d'ajouter, en disant le takbir, « Seigneur, ceci vient de Toi et Te revient, accepte-le de ma part ». L'extension à la naissance est donc un raisonnement par analogie, pas un texte, et il est honnête de la présenter ainsi.

Faut-il dire le prénom de l'enfant au moment du sacrifice ?

Dire le prénom du bébé au moment du sacrifice est recommandé par le récit d'Aïcha, mais ce geste n'est pas prescrit comme condition de validité. Ibn al-Mundhir, Ibn Baz et Al-Albani s'accordent sur cet avis : l'intention de celui qui offre la bête suffit, même si rien n'est prononcé.

Interrogé par un père qui avait sacrifié un mouton à la naissance de chacune de ses trois filles sans jamais dire « ceci est la aqiqa de ma fille », Cheikh Ibn Baz a répondu dans sa fatwa sur l'intention non prononcée que l'intention suffit et que les trois sacrifices sont valides, en citant le hadith « les actes ne valent que par les intentions ». Il ajoute que nommer la personne pour qui la bête est égorgée reste permis. Dans une autre réponse, il donne la forme à employer : « ô Allah, pour mon fils untel » ou « pour ma fille unetelle », comme on dit pour le sacrifice de l'Aïd « pour untel fils d'untel ».

  • Ibn al-Mundhir : celui qui a l'intention du sacrifice de naissance sans la prononcer s'en est acquitté, rapporté par Ibn al-Qayyim dans Tuhfat al-Mawdud
  • Ibn Baz : l'intention suffit, nommer l'enfant est permis, fatwas n° 9034, 10337 et 15341 de Nour ala ad-Darb
  • Al-Albani : inutile de prononcer le nom, Allah connaît ce que cache le cœur, réponse orale conservée dans ses archives sonores

À ce propos, la mention du prénom sert à préciser la niyya, pas à rendre l'acte valide. Une conséquence concrète en découle pour les parents qui n'ont pas encore choisi de prénom au septième jour : le sacrifice n'a pas à attendre le prénom. On peut dire « pour l'enfant de untel », ou simplement avoir l'intention. Le choix de la date où l'on nomme l'enfant est un autre sujet, avec deux possibilités que rapportent les textes.

Qui prononce l'invocation quand le sacrifice est délégué ?

Quand le sacrifice est délégué, l'invocation est prononcée par la personne qui égorge, puisque le nom d'Allah se dit sur la bête quand la lame passe. Le père, ou celui qui finance, porte la niyya : c'est à lui que la sunna s'adresse, et c'est son intention qui fait de la bête un sacrifice de naissance.

La Lajna Da'ima rappelle, dans sa fatwa n° 7365 (tome 11, page 441), que le sacrifice de naissance est une sunna à la charge du père, et non de l'enfant devenu grand. Le père qui veut accomplir la aqiqa à distance peut confier l'égorgement à un boucher, à un proche ou à un organisme, en France ou ailleurs : les conditions qu'un mandataire doit garantir sont détaillées dans notre article sur le mandat confié pour égorger à distance.

  1. Le père formule l'intention au moment où il confie le sacrifice, sans formule imposée.
  2. Il transmet le prénom de l'enfant, ou celui du père si le prénom n'est pas encore fixé.
  3. L'égorgeur, musulman, dit « Bismillâh » et le takbir sur chaque bête.
  4. L'égorgeur peut ajouter la dédicace avec le prénom, sans que son absence annule le sacrifice.

Le père n'a pas à répéter la formule chez lui au même moment : aucune des sources consultées ne le demande. S'il assiste au sacrifice et sait égorger, rien ne lui retire le droit d'immoler lui-même et de dire la formule en entier. Le nombre de bêtes par enfant, deux pour un garçon et une pour une fille selon le hadith d'Aïcha rapporté par at-Tirmidhi, est expliqué dans l'article sur le nombre de moutons selon le sexe du bébé.

Comment faire l'aqiqa le septième jour ?

Le septième jour, la sunna réunit trois gestes cités ensemble par le hadith de Samura : égorger la bête, procéder au rasage des cheveux du nouveau-né et lui donner son prénom. L'invocation ne concerne que le premier geste, les deux autres n'ont pas de formule rapportée dans les sources consultées.

Au moment de l'immolation, l'ordre des gestes suit ce que Cheikh Ibn Baz décrit pour tout ovin sacrifié :

  1. Coucher la bête sur son flanc gauche, la tête tenue, le pied posé sur le côté du cou.
  2. Avoir l'intention d'offrir ce sacrifice pour tel enfant.
  3. Dire « Bismillâh » et le takbir, puis la dédicace avec le prénom.
  4. Passer la lame sur la gorge sans attendre, et il est préférable de le faire de la main droite.

Raser les cheveux vient ensuite. Le prénom peut aussi avoir été donné avant ce jour : la Lajna Da'ima, dans sa fatwa n° 2392 (tome 11), cite le hadith de Samura tout en admettant de la souplesse sur ce point. Le partage de la viande et le repas offert aux proches relèvent d'autres règles, qui dépassent la question de l'invocation et se décident en famille.

Quelle doua pour le nouveau-né ?

La doua pour le nouveau-né n'a pas de texte fixe lié au sacrifice. Abou Moussa rapporte que le Prophète a nommé le fils qui venait de lui naître Ibrahim, lui a frotté le palais avec une datte et a invoqué pour lui la bénédiction (al-Boukhari n° 5467), sans que les mots exacts soient transmis dans ce récit.

Ce point est rarement dit : la sunna établie est l'invocation de bénédiction, pas une formule apprise. Chacun peut donc demander à Allah qu'Il fasse de l'enfant venu au monde une source de bien, dans sa langue, en arabe ou en français, le jour du sacrifice comme les autres jours. Les invocations de protection dont le texte est rapporté, comme celle que le Prophète récitait sur al-Hasan et al-Husayn, sont réunies dans notre article sur les invocations pour protéger un enfant.

Une confusion fréquente mérite d'être levée. La formule « Bârak Allâhou laka fil-mawhoûb » (qu'Allah te bénisse dans ce qui t'a été donné), souvent présentée comme la doua de la naissance, est une parole d'al-Hasan al-Basri, un successeur des compagnons. C'est un athar, pas un hadith : elle se dit pour féliciter les parents, elle n'est pas une invocation du Prophète et elle ne se prononce pas sur la bête.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'aqiqa ?

La aqiqa est un rite islamique qui consiste à sacrifier un animal pour la naissance d'un enfant, en principe le septième jour. Salman ibn Amir rapporte la parole « avec le garçon, il y a un sacrifice : versez pour lui le sang et ôtez de lui la souillure », at-Tirmidhi n° 1515, authentifié par Al-Albani. La définition complète du rite détaille son statut.

Quand faire l'aqiqa ?

Le septième jour, selon Samura : l'enfant est mis en gage par son sacrifice, égorgé le septième jour, rasé et nommé (Abou Dawoud n° 2838, authentifié par Al-Albani). Les quatorzième et vingt-et-unième jours viennent d'un texte qu'Al-Albani a fini par affaiblir, comme le montre notre analyse des délais au-delà de trois semaines.

Quel animal sacrifier pour l'aqiqa ?

Un ovin ou un caprin : deux moutons pour un garçon (deux brebis dans le texte arabe) et un mouton pour une fille, selon Aïcha, rapporté par Ahmad et at-Tirmidhi n° 1513, authentifié par Al-Albani dans Irwa' al-Ghalil n° 1166. La même formule se dit sur chaque bête, avec le prénom du même enfant.

Pourquoi faire l'aqiqa ?

La aqiqa est un acte de gratitude envers Allah pour la naissance, un acte de piété et un remerciement pour un bienfait reçu, sur le modèle du Prophète qui l'a faite pour ses petits-fils. Samura rapporte que l'enfant est « mis en gage » par ce sacrifice, et Ibn al-Qayyim y voit une offrande qui rapproche d'Allah.

Ce qu'il reste à préparer avant le septième jour

La phrase à dire tient sur une ligne, et la seule partie que personne ne conteste est le nom d'Allah. Le vrai travail se fait avant le jour du sacrifice : arrêter le choix du prénom, ou décider de s'en passer dans la dédicace, et savoir qui tiendra le couteau. Si c'est vous, apprenez à réciter la formule arabe à voix haute deux ou trois fois la veille, pour ne pas la lire sur un téléphone pendant que la bête attend. Si c'est un tiers, transmettez-lui le prénom par écrit, avec l'orthographe que vous voulez entendre. Reste une question à poser à celui qui égorge : prononcera-t-il le prénom de votre enfant, et vous le fera-t-il entendre ?